Uniquement par visioconférence
Français
S’organiser pour produire du démantèlement : de la fabrique d’une stratégie de démantèlement à sa mise en oeuvre
Date | horaire
06/07/2026 | 14h - 15hRésumé de la conférence
D’activité invisible, ou invisibilisée, le démantèlement est devenu une activité stratégique. Le travail de démantèlement s’est transformé, passant d’une activité traitée discrètement (Blanck, 2021), de manière quasi artisanale, à une activité organisée de manière industrielle. Ce mouvement s’est accéléré ces 10 dernières années, pour des raisons multiples. Parmi celles-ci, l’augmentation importante du nombre d’installations nucléaires arrêtées, en particulier les installations dites « historiques », et la montée en puissance d’une préoccupation sociale et politique pour la fermeture d’installations à risques et la gestion des héritages toxiques. Dans le contexte nucléaire français récent, la relance du nucléaire y a aussi contribué, la démonstration par les exploitants de leur capacité à démanteler leurs installations devenant une condition à la construction d’installations nouvelles. Ce mouvement, s’accompagnant d’une mise en politique du démantèlement, s’est traduit par la fabrique d’une stratégie de démantèlement, impliquant les exploitants nucléaires et le régulateur. Dans cette présentation, nous reviendrons sur les principes sous-tendant la stratégie d’un exploitant nucléaire français, et surtout, sur la traduction concrète, dans l’organisation et dans les pratiques de démantèlement, de cette stratégie. Nous nous appuierons sur une enquête en cours, menée avec cet exploitant nucléaire, condition d’accès aux acteurs du démantèlement et à leur situation de travail, prenant pour point de départ le constat d’une difficile maîtrise des projets de démantèlement. Privilégiant une approche qualitative et enracinée, nous montrerons en quoi l’organisation du travail de démantèlement se heurte à une tension entre logique de contrôle et démarche d’enquête. Nous discuterons comment cette tension met à l’épreuve la maîtrise de ces projets et interroge ce que « produire du démantèlement » signifie, obligeant à une redéfinition des exigences associées.
Courte biographie
Stéphanie Tillement est maîtresse de conférences en sociologie au Département interdisciplinaire de sciences sociales de l’IMT Atlantique et chercheuse au LEMNA (Laboratoire d’économie et de management de Nantes-Atlantique). Elle dirige depuis 2023 la chaire de recherche RESOH (« Recherche en sécurité, organisations, humains ») à laquelle elle contribue depuis 2012 et qui porte sur la construction collective d’une « performance industrielle sûre ». Ses travaux menés dans le cadre de cette chaire, ainsi que la coordination du projet de recherche ANR-PIA AGORAS (« Amélioration de la Gouvernance des Organisations et des Réseaux d’Acteurs pour la sûreté »), l’ont amenée à centrer ses enquêtes sur le travail dans le nucléaire. À la croisée d’une sociologie de l’activité et des organisations, ses recherches s’intéressent à la manière dont les acteurs du nucléaire construisent des équilibres, toujours délicats, entre les exigences de production et celles de sécurité et de sûreté. Après avoir étudié les activités d’exploitation, notamment sur le site de La Hague, ainsi que la conception d’installations nucléaires dans le cadre du projet ASTRID, Stéphanie Tillement mène depuis la fin de l’année 2024 une enquête consacrée au travail de démantèlement, dans le cadre de la chaire RESOH. Ses travaux ont donné lieu à de nombreuses publications dans des revues françaises et internationales, ainsi qu’à plusieurs ouvrages codirigés, parmi lesquels Enquêter dans le nucléaire (PUR, 2022), Le nucléaire civil (Entreprises et Histoire, 2024) et The Shaken Foundations of Safety (Springer, June 2026).
Lectures conseillées
Blanck, J. (2021). Déconstruire l’héritage nucléaire: le démantèlement des installations du Commissariat à l’Énergie Atomique. VertigO. La revue internationale en sciences de l’environnement, (Hors-série 35).
Garcias, F. et Tillement, S. (2024). L’industrie nucléaire civile : pour une histoire organisationnelle. Entreprises et histoire, 114(1), 6-20. DOI
Garcias, F. et Tillement, S. (2024). « Face au mur énergétique » : industrie électronucléaire et planification dans la France post-plan Messmer. Entreprises et histoire, 114(1), 140-160. DOI
Tillement S. & Garcias F., « ASTRID, back to the future: Bridging Scales in the Development of Nuclear Infrastructures », Nuclear Technology, 207(9), American Nuclear Society, 2021. DOI
Bretesché, S., S. Tillement, B. Geffroy, B. Journé (dir.), Enquêter dans le nucléaire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Le sens social », 2022, 402 p. ISBN : 978-2-7535-8312-2.




