Impact des valeurs socioculturelles sur la perception des risques : comment ça marche ? L’exemple des mouvements sociaux

Année
2025
Type
Communication orale
Auteur(s)
Bruno Chauvin, Odile Rohmer, Ianis Chassang
Conférence
63e Congrès National de la Société Française de Psychologie, Dec. 10-12, Nantes, France

Les mouvements sociaux (comme les gilets jaunes) sont parfois qualifiés dans les médias de « hot topic », au sens où il s’agit d’un sujet susceptible de générer débats et autres controverses entre citoyens. Comprendre ces désaccords – en identifiant quelles en sont les raisons, pour pouvoir à terme les dépasser, apparaît être un enjeu politique de premier ordre. La grille de lecture proposée par la théorie culturelle du risque s’inscrit
dans cette perspective, en montrant que les citoyens adhérant à des valeurs socioculturelles différentes ont des positions divergentes envers les situations à risque du fait de, et en proportion de, l’incompatibilité de ladite situation avec la vision du monde qu’ils défendent à travers ces valeurs. Seulement, via cette approche culturelle, les mécanismes psychologiques à travers lesquels les valeurs socioculturelles façonnent la
perception des situations à risque sont largement ignorés. C’est là qu’entre en jeu l’approche psychométrique, dans la mesure où elle permet d’identifier les dynamiques cognitives et affectives mobilisées par les individus pour caractériser les situations à risque et les évaluer comme plus ou moins risquées. L’objectif de cette étude est de combiner ces deux approches pour identifier la mécanique par laquelle les différences de perception des risques issues de visions du monde distinctes sont générées. Plus précisément, l’hypothèse générale est la suivante : en fonction de l’orientation culturelle préférentielle des individus, la même situation à risque va être appréhendée différemment, provoquant plus ou moins de peur, suscitant un sentiment de contrôle et de maîtrise plus ou moins grand, et/ou impliquant des conséquences plus ou moins négatives. En retour, ces caractéristiques vont avoir un impact direct sur le niveau de risque perçu de la situation en question. Pour tester cette hypothèse, 629 participants ont complété un questionnaire en ligne dans lequel étaient notamment mesurés (1) le degré d’adhésion à trois valeurs socioculturelles respectivement appelées Hiérarchisme-Individualisme, Egalitarisme, et Fatalisme (18 items, échelle d’accord en 5 points), (2) les caractéristiques attribuées aux mouvements sociaux (cinq caractéristiques, échelle d’ampleur en 7 points), et (3) l’ampleur du risque représenté par cette situation (échelle d’ampleur en 11 points). Les relations entre ces différentes dimensions ont été testées au moyen de modèles de médiation posant que l’impact des valeurs socioculturelles sur le risque perçu posé par les mouvements sociaux est médiatisé par les caractéristiques attribuées à ceux-ci. Comme attendu, les résultats ont montré que les participants confèrent des caractéristiques spécifiques à la situation à risque à l’étude en fonction de leur degré d’adhésion à telle ou telle valeur socioculturelle, les amenant en conséquence à considérer cette situation comme risquée ou pas. Précisément, les participants adhérant à des valeurs de Hiérarchisme-Individualisme ont considéré les mouvements sociaux comme effrayants et exposant de très nombreuses personnes à une menace importante, jugeant ainsi cette situation comme extrêmement risquée. En revanche, les participants défendant des valeurs d’Egalitarisme ont exprimé peu de crainte à l’endroit des mouvements sociaux, et les ont associés à certains bénéfices, estimant ainsi cette situation être peu risquée. Ainsi, outre l’intérêt d’avoir combiné deux approches incontournables dans le champ de la perception des risques (la théorie culturelle et le paradigme psychométrique), cette étude a permis d’éclairer la manière dont les visions du monde des individus influencent leur jugement des situations à risque, en identifiant des caractéristiques clés associées à ces situations qui jouent le rôle de médiateur de l’effet des valeurs socioculturelles sur la perception des risques.

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